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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 14:34

Claudia Patuzzi, La rive interdite 2010

Un grand intérêt — pas seulement pour les Français qui aiment l’Italie ou pour les Italiens désormais installés depuis longtemps en France — nous vient de ce roman « La rive interdite », Édition Normant 2010, 233 pages, 17 euros, écrit par l’écrivaine italienne Claudia Patuzzi. Publié la première fois en 2001, en Italie, sous le titre « La riva proibita », ce livre, accueilli par de très favorables critiques, touche plusieurs niveaux de sensibilité et d’envie de connaissance pour un lecteur qui aime à la fois la philosophie et l’histoire de Paris, la formation d’une jeune fille dans une situation malheureuse et pauvre et l’amour, qui s’affirme toujours comme force traînante et révélatrice de la vérité.

Les divers commentaires qu’on a écrits sur ce livre s’occupent surtout de souligner l’étonnante pertinence caractérisant les descriptions du Grand Cul de Sac, un quartier de Paris au XIIIe siècle dont beaucoup de traces et mémoires se trouvent dans les documents anciens et dans les œuvres de nombreux écrivains, Rabelais en particulier. Nous sommes dans la rive droite, tout près de l’église de Saint-Merri et de l’actuel Beaubourg, pas loin de la place de Grève et de la Seine. L’étonnante pertinence de la description de ces lieux — on ne doit pas négliger que Claudia Patuzzi, même si étrangère, est essayiste très experte et a beaucoup fréquenté Paris et ses archives — s’épouse ici à une très rare capacité de reconstruction de la vie même, sans laquelle ces lieux ne seraient qu’une scène sans âme.

Ce miracle est dû surtout au personnage d’une jeune enfant analphabète, Regard, qui a eu l’aventure de croître parmi les soins distraits de sa mère prostituée et les suggestions de personnages extravagants et généreux (Gudule, Mathurinus, Péringerius et Geberlinus) qu’elle découvre et suit avec une sorte d’infaillibilité. Elle traverse cette scène, dont on pourrait profiter pour un film très touchant, avec sa tresse blonde que rien ne peut abîmer, à la recherche d’un destin de liberté qui n’est pas la liberté de la richesse ou d’un meilleur train de vie.

Elle croit sans en être pleinement consciente dans un progrès de l’âme qui peut venir de la connaissance et de l’amour. Même si la vie lui donne de démonstrations rudes et violentes de l’impossibilité de tout affranchissement, Regard veut s’en sortir.

Le lecteur restera étonné une deuxième fois quand il verra cette fille violentée et abusée dans son âge tendre essayer tout de même de croire à une vie, à un amour.

C’est à ce moment-là que deux aspects majeurs du roman deviennent évidents en assumant leur force vitale. La découverte de l’amour du jeune clerc Marcel — élève des philosophes Sigier de Brabant et de Boèce de Dace — se lie strictement au besoin primordial de Regard de « passer le pont », d’aller finalement voir ce qui se passe dans la rive gauche, ce lieu mystérieux hanté de prohibitions et de menaces.

Le troisième point clou du roman est dans ce mot « philosophie » que son amant Marcel prononce inspiré, en lui provoquant une véritable jalousie. Regard sent que cette philosophie est une force qui emporte loin son ami, une force antagoniste si c’est une femme qui s’appelle Philosophie, une force bénigne, par contre, si elle apporte des changements dans tout ce qui est établi.

Elle osera donc franchir le fleuve, se déguiser en clerc pour voir « de ses yeux ». C’est le moment clou de la condamnation de l’hérésie de Sigier et de Boèce, le moment où la philosophie bienfaisante est arrêtée sinon tué par la philosophie régnante au pouvoir. Regard ne peut pas comprendre toutes les finesses de ce passage, mais elle comprend quand même que c’est la fin. Et c’est la fin pour elle aussi. Elle va s’empoisonner, avec de l’eau des égouts. Peu après elle se repentira de ce geste : « Ma vie est à moi », s’écrie-t-elle en mourant. Trop tard.

Un livre très poignant, avec un suspense continu. À la fin duquel s’interroge-t-on : « Pourquoi une Italienne a-t-elle voulu s’exiler à Paris pour s’y raconter ? »

À mon avis le motif-clou de ce roman est justement dans cette idée aussi paradoxale que consciente de cette auteure de se déguiser en jeune misérable, à sa fois déguisée en jeune clerc, pour entrer en clandestin dans un des milieux littéraires les plus reconnus d’aujourd’hui. D’une façon à la fois ironique et dramatique, elle veut témoigner, avec sa propre vie et son propre sang, qu’elle a finalement atteint la maturité d’un véritable écrivain.

Giovanni Merloni

écrit ou proposé par : Giovanni Merloni. Dernière modification 5 décemre 2012 

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  • peintre et écrivain, après plusieurs exposition et la publication d'un livre de vers et de quatre romans (titre du dernier: "Testamento immorale")en Italie, j'habite et travaille à Paris depuis septembre 2006.
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